Moldavie : la culture, valeur unificatrice d’un pays

    

L’Ensemble Musique Traditionnelle du Conservatoire de Nevers s’est rendu en Moldavie pour un échange culturel, du 27 octobre au 3 novembre 2017. Impressions de voyage sur ce pays méconnu, le plus pauvre d’Europe, et pourtant, culturellement riche.

Le soleil décline doucement dans la Strada Independenței de la ville de Bălți, éclairant les bâtiments d’habitations décrépits, d’un bleu délavé, datant de l’époque soviétique.

Dans la grande artère, quelques bandes de chiens errants se disputent la propriété du quartier, mais, en cette fin d’après-midi, il n’y a guère que nous, musiciens Français en visite, qui nous promenions. Nos pieds butent contre les dalles disjointes sur le sol défoncé du trottoir, nous faisant trébucher. La route est en relief, tout en creux et en bosses, et peu de voitures s’y risquent. Ainsi nous apparaît la Moldavie, à l’image de ses routes : un pays de contrastes…

Une culture traditionnelle riche et vivante

Reçus à l’université Alecu Russo de Bălți, au nord du pays, nous avons rencontré des étudiants en musique, en français, ainsi que des lycéens.Les jeunes, en costume, ont fait état, avec fierté, des traditions de leur pays. En Moldavie, la culture traditionnelle est vivante, et d’envergure nationale, touchant quasiment à une valeur patriotique – contrairement à la France où l’on parle davantage de « patrimoines régionaux », lesquels, par ailleurs, ne se colorent guère de revendication politique. Ce fut là une riche découverte culturelle, dont nous n’avions pas mesuré la force symbolique d’intégration, pour un pays écartelé entre différentes puissances. La culture moldave semble être, effectivement, un facteur d’unité pour la population.

Un pays tiraillé entre Russie et Roumanie

La Moldavie, pays indépendant depuis le 27 août 1991, se divise pourtant entre les influences étrangères, russe d’une part, roumaine de l’autre. Les plus âgés, qui ont vécu sous l’ère soviétique, souhaiteraient réintégrer la Russie. En raison de l’exode économique des forces vives du pays, qui partent travailler à l’étranger, les personnes âgées forment la majorité des votants lors des élections, ce qui explique l’arrivée au pouvoir du président pro-russe, Igor Dodon, en 2016. Une autre partie du pays espère voir la Moldavie rejoindre la Roumanie, avec laquelle ils partagent la langue, la culture, et l’histoire. Natalia, étudiante en français, songe à demander la nationalité roumaine. La situation politique et économique en Moldavie n’est pas des plus attrayantes pour la nouvelle génération.

Le pays le plus pauvre d’Europe

Irina, notre hôte et guide, professeur de français, cumule plusieurs emplois pour élever ses deux enfants. Les enseignants font partie des catégories les moins bien payées de Moldavie : moins de cent euros par mois, selon Natalia, qui se destine pourtant peut-être à ce métier. Des conditions de vie pour le moins difficiles dans le pays le plus pauvre d’Europe. Cela n’empêche pourtant pas la souriante Irina de conclure à la fin du séjour: « La vie, chez nous, est dure. Mais je n’ai jamais regretté d’être née en Moldavie : j’aime ma famille, mon pays et sa culture ». Culture qu’elle nous a fait partager avec passion : merci, Irina, pour cette belle leçon que nous n’oublierons pas.