De l’Afrique du Sud à Nevers

La mission jeunesse a eu l’occasion d’interviewer deux jeunes en service civique,  à Nevers.

Bonjour, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Olwethu : Je m’appelle Olwethu, j’ai 19 ans (20 le 8 Septembre), je viens d’Afrique du Sud et je vis dans la ville du Cap. Je suis venu en France avec une mission : apprendre le français et faire du volontariat. Ici en France, je travaille au FJT (Foyer des Jeunes Travailleurs) avec les autres résidents pour faire en sorte qu’ils se sentent bien, je vérifie les budgets, et réalise les plannings mensuels. Je travaille également au centre social avec les enfants, je fais des activités avec eux et veuille à leur bien être en essayant de sourire, d’être heureux et de jouer avec eux…

Rudy : Je m’appelle Rudy, j’ai 24 ans, je viens d’Afrique du Sud et je vis au Cap. J’ai également une mission en venant en France : tout d’abord d’apprendre le français et la deuxième chose est de remplir ma mission, mon but. Pour moi, ce n’est pas un problème de travailler avec les gens puisqu’avant de venir en France, je travaillais avec les gens dans une association en Afrique du Sud. Donc pour moi ce n’est pas un problème de parler ou d’interagir avec les gens, c’est ce que j’avais l’habitude de faire.

Avez-vous des origines et des cultures différentes ?

O : Oui, nous avons des origines différentes : Je suis d’origine Xhosa et Rudy est d’origine métisse. Nous avons des cultures différentes, des religions différentes, des croyances différentes et des façons de faire les choses différentes. Par exemple, dans la culture Xhosa nous suivons nos ancêtres, nous faisons des cérémonies pour eux et nous croyons en eux. Nous faisons les choses ainsi.

Avez-vous des langues différentes ?

O : Oui, ma langue natale est le xhosa et celle de Rudy est l’Afrikaans.

Quelle langue considérez vous être votre langue maternelle ? L’anglais ?

R : Oui l’anglais car en Afrique du Sud, vous devez parler anglais et je pense que l’anglais est cette langue qui connecte le plus les gens en Afrique du Sud. Olwethu et moi nous sommes rencontrés dans l’avion, nous ne nous connaissions pas avant. Quand je l’ai vu dans l’avion je l’ai regardé et je me suis dit « oh il va dans la même direction que moi ». Quand nous sommes arrivés en France je me suis dit «Oh nous allons travailler ensemble ». Et maintenant nous devons parler une langue que nous comprenons tous les deux. C’est l’anglais. Mais parfois nous sommes fatigués car l’anglais n’est pas notre langue maternelle, surtout lorsque nous travaillons dehors ou que nous devons nous déplacer à vélo. Donc parfois je parle ma langue et je pense soudainement « Je dois parler anglais ».

Parliez-vous français avant de venir ?

O : Non, en fait je ne peux pas dire que cela car je n’étais pas habitué au français. Seulement mon ami qui était ici l’an dernier m’a appris comme une introduction au français avec des expressions telles que « Je m’appelle », « Tu as quel âge ? », « Je t’aime », ce genre de choses basiques. Mais je les avais oublié et j’ai du tout recommencer. J’ai juste rencontré des gens et j’ai commencé à apprendre le français, j’ai aussi pris des cours à l’école à côté du FJT. Je communique avec les gens, avec mes collègues, avec les résidents, j’ai essayé de communiquer avec eux car c’est ma mission ici en France. Donc maintenant j’essaie de parler un peu au moins. C’est parfois difficile mais j’essaie de m’y faire pour m’intégrer.

R : Je ne parlais pas français avant de venir ici. En Afrique du Sud, dans mon organisation il y a avait deux personnes qui venaient de France. Ils ont dit que certains d’entre nous allaient partir en France pour faire du volontariat mais ils n’ont pas dit qui allait partir puisque que cela allait dépendre de notre travail et de la manière dont nous allions le faire. Je travaillais, encore et encore et j’avais cela en tête « Je pourrais peut être aller en France, mais 6 mois loin de la maison ce n’est pas bon pour moi ». Ensuite j’ai réfléchi à l’opportunité que c’était et je suis parti, mais personne ne m’avait enseigné le français. J’ai aussi été à l’école pour apprendre un peu de français et communiquer avec les gens ici, me faire des amis, mais c’était seulement au début. A partir de maintenant, pour ces deux mois je reste chez moi seulement et je ne communique plus vraiment avec les gens. En fait, la plupart des gens ici, nos amis, parlent en français et quand je leur demande « Qu’as-tu dit ? » ils ne répètent pas exactement le même mot mais choisissent un mot spécialement pour moi. Donc pour moi cela devient une perte de temps puisque je ne pense pas revenir un jour.

Combien de temps allez-vous rester ici ?

R : Nous sommes ici depuis quatre mois. Nous sommes arrivés le 10 février et avant de venir à Nevers, nous sommes restés deux semaines à Dijon. Nous sommes venus tous ensemble à Dijon et ensuite ils nous ont regroupés par deux dans différentes villes. Nous étions 6 (4 garçons, 2 filles) et nous sommes à différents endroits maintenant, mais nous ne savions pas que nous irions à Nevers. Nous partons le 30 juillet mais notre vol est le 4 aout. C’est parce que nous allons passé 1 ou 2 jours à Paris avant de prendre notre vol.

Pourquoi la France ?

O : Nous n’avons pas choisi. Le service civique ne peut se faire qu’en France. Donc c’est pour cela qu’ils nous recrutés avec d’autres jeunes du Chili.

Venez-vous de la même organisation ?

O : Non, nous venons de différentes organisations. Je viens de Amybiehl Organisation et Rudy vient de vient Live Life Organisation. C’est une ONG, elle n’a donc aucun fond du gouvernement, elle les collecte elle-même. Donc de manière générale, elle aide les enfants (de 6 à 18 ans) dans les différents programmes de sport et de culture. Elle fait également beaucoup de chose pour résoudre les problèmes sociaux.

Live Life est une organisation basée sur les problèmes sociaux également, qui aide les adolescents qui sont dehors, elle se focalise aussi sur les maladies, le VIH, pour donner des informations aux jeunes sur les moyens de protection et aussi comment se tenir loin des drogues, rester en bonne santé et la vie quotidienne.

R : Comme Olwethu l’a dit, ce n’est pas seulement basé sur les enfants mais sur tout le monde. J’ai 3 missions dans mon travail : la première est de travailler dans les écoles avec les enfants, les motiver car ils quittent l’école parfois, cela dépend du contexte, donc je les encourage.

La deuxième est de travailler dans les cliniques avec les malades. Je parle avec eux, leur fais faire des exercices avant de voir le docteur.

La troisième est de travailler dans la communauté.

Pensez-vous être intégrés ici ? Ou est-il difficile de s’intégrer ici, lorsque l’on vient d’un autre pays, dans une petite ville ?

O : Personnellement, j’ai un caractère assez facile et souple. J’essaie toujours de m’intégrer, d’essayer de nouvelles choses, de m’engager avec les gens que je n’ai jamais vu auparavant, j’essaie de me faire des amis et d’apprécier l’endroit où je suis. Le fait est que je suis là maintenant et je dois vivre ma vie ici. Je ne peux pas comparer la vie que je vis ici avec celle que je vivais là bas. Donc je me concentre juste sur la vie que je suis en train de vivre ici en essayant de m’intégrer et d’être heureux chaque jour.

R : Pour moi c’est la même chose vu que je travaillais avec toutes sortes de personnes. Donc cela veut dire que cela a commencé en Afrique du Sud mais maintenant je dois m’intégrer, je dois me mettre à leur place. Je ne peux pas vous parlez avant de te connaitre. Je dois m’intégrer, je ne peux pas apporter ma vie sud africaine ici.

Pensez-vous qu’il est compliqué de parler avec les gens d’ici lorsque vous ne parlez pas français ?

O : Au début, c’était très difficile, la première fois que je me suis présenté en français, tout le monde parlait très vite et j’étais un peu perdu. Mais maintenant c’est mon quatrième mois ici donc cela devient plus facile et chaque jour j’améliore mon français. Il y a aussi un français ici au foyer avec qui nous partageons nos deux langues : je lui apprends l’anglais, il m’apprend le français. C’est une bonne chose de partager des langues et de se les enseigner car je suis ici et je dois parler français, c’est ma mission. C’est difficile pour beaucoup de Français de parler anglais, donc j’ai besoin de parler la langue que vous parlez ici. Donc je pense que c’est une bonne chose de connaitre la langue pour pouvoir communiquer dans d’autres pays, s’exprimer et ne pas avoir peur de parler en public.

R : Pour moi c’est très difficile de travailler avec les gens ici. J’ai ce sentiment de vouloir faire quelque chose avec eux, car je suis également dans l’esprit de la passion de travailler avec les gens. Mais quand j’ai commencé à travailler avec eux, ils ne me comprenaient pas et je me suis donc mis en retrait mais j’aimerais le faire. Si je restais un an ou plus j’aurais essayé de parler. J’allais à l’école, j’ai commencé à apprendre le français mais j’ai arrêté l’école car ils ne nous enseignent que des choses que je ne veux pas apprendre pour le moment puisque je ne suis là que pour 6 mois. Ce n’est pas possible s’ils ne m’apprennent pas quelque chose que je peux utiliser tous les jours. Par exemple, je ne vais pas parlé de verres, donc pourquoi m’apprennent-ils cela ? Plutôt des phrases comme « On y va », « levez vous », « asseyez-vous ». Donc j’ai cette passion pour travailler avec les gens mais le seul problème est la barrière de la langue.

Quelles sont les différences les plus flagrantes entre la France et l’Afrique du Sud ?

O : Je pense que la différence principale est qu’en France les gens ne peuvent pas ou ne sont pas autorisés à parler de religion, alors qu’en Afrique du Sud vous pouvez le faire librement. Vous pouvez parler de religion avec n’importe qui n’importe où, promouvoir votre religion comme vous le désirez, ce n’est pas interdit en Afrique du Sud. En France vous ne pouvez pas le faire car c’est ce qui entraine les conflits, qui rend les relations mauvaises. En Afrique du Sud vous pouvez le faire car tout le monde a le droit de s’exprimer, il y a la liberté d’expression. Vous pouvez parler de ce que vous voulez du moment que cela n’offense pas l’autre. Vous ne pouvez pas rendre les gens malheureux ou dégrader les sentiments, vous devez faire en sorte que les gens soient heureux. Si vous parlez de vos cultures et religions vous pouvez la promouvoir chez vous pour vous sentir bien pas pour dénigrer les autres, mais pour les faire se sentir mieux à propos de leurs cultures et religions. Nous fonctionnons ainsi en Afrique du Sud. Vous pouvez en parlez n’importe où, n’importe quand.

R : Pour moi en France, tous les Français se ressemblent alors qu’en Afrique du Sud vous pouvez voir la différence d’origines, vous pouvez voir que nous sommes différents. J’ai aussi remarqué que pour les Français la ponctualité est une chose très importante. Je me suis même acheté une montre ! En Afrique du Sud, la ponctualité n’est pas quelque chose d’important, il suffit de s’excuser. Avec Olwethu nous sommes ici depuis 4 mois maintenant mais nous avons encore des problèmes avec l’heure !

Pensez-vous que c’est une bonne chose d’aller dans un autre pays en tant que volontaire ?

O : Pour moi c’est mieux, déjà pour avoir de l’expérience, explorer, pour connaitre leur façon de vivre et de faire les choses. L’Afrique du Sud est un pays diversifié avec la liberté d’expression mais ici les choses sont différentes. Donc je suis content d’être là, de voir comment les gens font les choses, je suis heureux de me joindre à eux, de m’intégrer. Le fait de m’intégrer a un effet positif sur moi, cela me fait grandir dans ma façon de voir les choses et spirituellement. Ils se passent beaucoup de choses dans le monde. Spirituellement, cela m’aide à m’exprimer, être capable de répondre à des questions, je peux tout faire, partager, faire des choses avec les autres pour apporter plus d’amour en moi. Donc je peux partager, aimer, essayer d’autres façons d’aimer les gens et de partager. Cela aussi est différent d’où je viens. C’est positif car cela me donne la chance de savoir comment vous faites les choses, connaitre votre culture, gouter votre vin avec du fromage. Ce sont des choses très agréables pour moi.

R : Oui c’est une bonne idée simplement pour apprendre des choses. Je pense que maintenant j’ai appris que l’heure est quelque chose d’important. Donc quand je retournerai en Afrique du Sud, je vais d’abord essayer de le faire comprendre à mes amis. Quand je travaillais pour la communauté, j’ai aussi appris qu’avant de faire une chose il faut l’avoir compris. Par exemple, au centre social où je travaille, j’ai essayé de les comprendre, nous avons parlé et ensuite nous avons mis en pratique. Je ne peux pas faire quelque chose qu’ils ne vont pas aimer ou qu’ils vont aimer au début mais qui va les lasser en plein milieu ou à la fin. Donc pour moi il est important de connaitre les gens d’abord.

Quelle était votre opinion concernant les français avant de venir ?

O : Je pensais qu’en France beaucoup de personnes étaient capables de parler anglais mais en fait c’est encore une difficulté. Je pensais pouvoir m’exprimer tous les jours en anglais. Ici, tout est question de mode, les tendances sont très importantes pour les Français car elles viennent de Paris. Donc je me suis dis que je devais toujours être bien habillé car je devais ressembler à un Français !

R : Je me n’intéresse pas vraiment à la mode, j’achète ce qu’il me plait mais je n’achète pas pour les autres. Ce que j’ai remarqué ici c’est que certains achètent pour faire comme les autres. Par exemple ici, au FJT, ils achètent des vêtements ou des chaussures, non pas parce qu’ils les aiment, mais pour être à la mode. Aussi, je suis une personne qui aime faire la fête et je pensais quand j’étais en Afrique du Sud que j’aurais beaucoup fait la fête avec des gens sympathiques. Mais en fait en Afrique du Sud, on ne prête pas attention à ce que l’on achète à boire ou à manger mais ici ce n’est pas le cas. Les gens ne veulent pas vraiment acheter ou alors ils achètent quelque chose de moins cher que ce qu’on leur a acheté. En Afrique du Sud aussi, les gens vous aident à vous sentir bien et sont gentils avec vous, alors qu’ici cela n’a pas toujours été le cas quand nous sommes arrivés.

Parlez-vous d’autres langues ?

O : Oui, je parle anglais, xhosa, zoulou, Sotho je comprends l’afrikaans mais je ne sais dire que les bases car je l’ai étudié à l’école (nous devions étudier l’afrikaans) et un peu de français, mais seulement les bases. Cela signifie que je peux m’exprimer en 6 langues.

R : J’ai aussi eu une matière en xhosa que je parle un peu, à l’école. Mais ensuite j’ai tout oublié car je me suis dit que je n’allais pas m’en resservir. Il est difficile de parler xhosa car il y a des sons difficiles à prononcer.

O : Il est difficile de prononcer certains sons mais le peuple xhosa a une langue souple qui leur permet de pouvoir parler beaucoup de langues sans problème. En Afrique du Sud nous avons cette chance que nos télévisions ont beaucoup de chaines en différentes langues. Donc si l’on veut écouter du xhosa, il suffit de mettre la chaine en xhosa, pareil pour le zoulou, etc… C’est une sorte de privilège : nous avons un pays diversifié avec beaucoup de langues différentes, de cultures différentes, de religions…

Donc la télévision nous encourage également, ils nous donnent la chance de pouvoir écouter d’autres langues car des fois nous en avons marre de l’anglais ou du xhosa.

Avez-vous plus de liberté en Afrique du Sud qu’ici ?

O : Je pense qu’ici nous sommes plus libres. Mais j’ai remarqué que les gens se comportaient bizarrement pour moi ici. Comme quand des jeunes s’embrassent ou fument dans la rue, ce n’est pas bien en Afrique du Sud. Ce n’est pas accepté là bas, cela signifie que l’on ne respecte pas notre environnement, que l’on ne se respecte pas, c’est le genre de choses que l’on fait en privé. Cela m’énerve, je pense que les gens ne pensent pas comme moi. Ici c’est normal mais en Afrique du Sud on ne peut pas faire cela, seulement à la maison. Et aussi la façon de se dire bonjour : en Afrique du Sud deux garçons ne se font pas la bise mais se serrent la main, et un garçon et une fille se font juste une accolade. C’est vraiment différent.

R : Comme quand un garçon fume et que ses parents sont avec lui mais ne disent rien. C’est très étrange pour moi. Nous avons également remarqué qu’il y avait moins de crimes en France.

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